
Cette course était vraiment très spéciale…l’image à la une en est le reflet…
La course était spéciale, ou plutôt la semaine toute entière l’était.
On me demande souvent ce à quoi je pense lors des longues sortie de course à pied et je réponds rarement car tellement de choses me passe par la tête qu’il est difficile d’en parler. Pour cette course là, ce fut différent, il n’y en avait qu’une.
Le week-end précédent, je profitais d’un rapide séjour à Ibiza, pour regonfler les batteries, s’amuser, profiter du soleil et des amis et, malheureusement, au retour, que de tristes nouvelles me touchant de près ou d’un peu plus loin, avec deux personnes qui « rejoignaient les étoiles ». C’est à ces moment là, qu’on ne sait trop quoi dire, qu’on ne sait trop quoi faire pour soulager, accompagner les proches dans la douleur. A mon niveau, je ne suis pas un artiste, je ne peux donc pas composer un verset, chanter une chanson pour rendre hommage, et mon seul talent réside dans le fait d’être exigeant avec moi même, de me dépenser sans compter.
A défaut d’être avec toi pour te soutenir, cette course là, elle était pour toi mon ami !
La course démarre vers 17h30 dans le Kochersberg et les prévisions météorologiques ne sont pas des meilleures, orages et pluie sont au programme. La pluie fut bien là au début de la course, et un peu pendant mais rien de bien méchant et heureusement car, ce qui était tombé avant avait largement « préparé » le terrain. Une course en mode trail à travers champs, il suffit d’un peu de pluie pour que cela se transforme rapidement en un terrain de boue, glissant et difficile à pratiquer et ce fut ce qui nous attendait… Cédric et Pierre sont de la partie pour cette course de 26km (en théorie…) et d’un dénivelé de 450 mètres.
Le départ d’une première course de 17km est donné à 17h pour 600 participants ..qui auront tout le loisirs de rendre le parcours « commun » encore plus difficile.
5mn avant notre départ (260 coureurs) c’est Clément Gass (reportage ) non voyant , qui prends le départ de la course, avec comme seule aide, sa canne et son GPS vocal, un véritable exploit, une vraie leçon.

Le départ est enfin donné, et Cédric, Pierre et moi nous élançons dans cette course, avec pour seul objectif, le plaisir. Rapidement, le terrain s’avère très boueux, et promet des glissages pour certains, voir des chutes. Le début du parcours à travers champs est étroit et il est difficile de rester groupé mais nous tâchons de faire au mieux. Au 2ème km, un petit écart se creuse avec Pierre, il préfére rester sur son rythme de croisière, la route sera longue. Au 3ème km c’est un engorgement à un passage glissant et étroit. Devant les difficultés du coureur précédent, je le contourne en passant à côté du chemin mais Cédric reste malheureusement bloqué derrière, du coup ma course en solo commence.
Elle sera très difficile. L’état d’esprit qui anime cette semaine d’une part, les difficultés du jour d’autre part.
Une première difficulté avant le 8ème km puis une seconde au 10ème km et une troisième plus physique que de dénivelé avec les deux mollets qui présentent des pointes aigues à la limite de la déchirure. Une nouvelle course commence pour moi. Une course où je dois éviter la rupture et supporter la douleur. Il reste 16km, chaque pas , chaque pied posé par terre est accompagné d’une douleur dans les mollets, le droit surtout. Le déhanché se fait plus prononcé et je compense par tous les moyens quitte à courir avec de mauvais appui. Du coup, vu l’état du terrain cela en devient encore plus dangereux.
Au 12,5ème km une descente s’annonce, descente que je voulais salutaire, synonyme de moins d’efforts, de plus de facilité…mais je me trompais largement car au contraire, ma douleur sur le mollet droit ne fait que plus se ressentir. Les descentes, c’est vraiment pas top pour le mollet.
Tant bien que mal je continu ma course, vais je abandonner ? Oui, cette idée me traverse l’esprit ! Depuis 2007 et mon premier marathon, je n’ai abandonné à aucune course, je sais très bien que cela arrivera un jour, serait ce aujourd’hui ? La douleur est vraiment très vive, et chaque pied qui touche le sol reste un calvaire.
J’arrive au 15ème km, je vois un ravitaillement et un poste de secours, des pompiers et des soins possibles…. Ho oui, j’ai très envie de m’arrêter tellement cette douleur est présente. Je prends un verre de coca (pas du zéro …) un morceau de pain d’epices et je décide de voir la suite de l’aventure et ..quelle surprise avec une montée juste…impossible à courir et longue de bien 800 mètres (je n’en vois pas la fin). Je m’engage et décide de marcher, 30 mètres, 100 mètres, bon sang mais comme c’est douloureux.
Ho et puis m…ce sera la première course que j’abandonnerais, ce n’est pas si grave que cela. Cette idée me trotte dans la tête tout en continuant à gravir cette colline. Abandonner ! ? Mais pourquoi ! ? Parce que j’ai des pointes dans mes deux mollets et que l’un des deux est à la limite de la rupture ?! Parce que j’ai mal ? Parce que je souffre ?
Souffrir ? Non, moi je ne souffre pas…mon ami souffre, oui ! Mon ami et sa famille ressente la douleur ! Une douleur qui ne passera pas avec du repos ! Une douleur qui ne se voit pas, ne s’efface pas, une douleur qu’ils vont devoir maîtriser et apprendre à vivre avec.
Je n’ai pas le droit d’abandonner.

Les km défilent (pas aussi vite que je l’écris) et aucune sensation ne change…. quelques coureurs me dépassent, j’en redépasse l’un ou l’autre. Le 25ème km arrive, accolé à un panneau : « arrivée : 2 km »….Quoi, comment, pardon ? Aurai je raté un épisode, il me semblait qu’il y avait 26 km à faire. Bon, je ne suis pas à 1km près…sauf aujourd’hui ! Je peste tout seul et me traîne de plus en plus. Cela semble interminable !
Mais j’irais au bout !
L’arrivée est enfin là, je reconnais l’environnement et c’est avec un grand plaisir mais aussi une grand émotion que je passe cette ligne !
Pour toi mon ami : Never give up !
Classement (sur 191)
| QUI | Temps | Classement Général | Classement par catégorie |
|---|---|---|---|
| Olivier | 2:37:17 | 57 | 25 (V1M) |
| Cédric | 2:42:34 | 80 | 31 (SEM) |
| Pierre | 3:01:14 | 137 | 52 (V1M |






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