’exigence de performance et la peur d’échouer déconnectent les enfants de la joie de créer : comment libérer leur créativité ?

Dans son livre L’atelier des émotions, Mathilde Chevalier-Pruvo explique qu’il n’est pas possible de réaliser une activité artistique sans être connecté à son intuition et de s’autoriser à essayer et se lancer.

De nombreux adultes n’osent pas faire des activités créatives AVEC leurs enfants car ils ne s’estiment pas doués pour cela. Le plus souvent, les adultes proposent des activités créatives aux enfants et leur font faire mais y participent rarement.

Pourtant, les enfants savent bien que tout le monde est capable de peindre, de créer avec de la pâte à modeler ou de l’argile ou encore de dessiner.

Quand on est centré sur le plaisir de l’expérience artistique, il n’y a pas d’erreur possible car il n’y a pas de jugement, pas d’attente, pas de comparaison.

De plus en plus d’enfants éprouvent de l’anxiété à l’idée de rater, de mal faire ou de ne pas réussir. Même des enfants jeunes appréhendent de commencer un travail créatif et certains vont même jusqu’à déchirer leur dessin en s’écriant qu’ils sont nuls. Ces freins à la créativité touchent des enfants très jeunes mais aussi de très nombreux adultes.

Mathilde Chevalier-Pruvo regrette que la pression de l’exigence de performance et la peur d’échouer les ont déconnectés de la joie de créer.

Comment permettre aux enfants de créer sans se préoccuper du résultat, juste pour le plaisir de la création et de la joie éprouvée ?

Mathilde Chevalier-Pruvo formule quelques pistes pour libérer les enfants des attentes et jugements en lien avec le travail créatif et artistique.

  • Créer des créations éphémères

Les créations éphémères sont très intéressantes pour inciter les enfants à se focaliser sur le moment présent, sans penser au résultat qui ne sera pas conservé.

Par exemple, les adultes peuvent proposer aux enfants de dessiner sur un tableau ou une ardoise soit avec des craies, soit avec un pinceau trempé dans l’eau. Dans le second cas, l’enfant peut sans cesse recommencer son oeuvre car elle ne cesse de disparaître en séchant.

  • Rendre les enfants acteurs

Quand il est allé jusqu’au bout d’une création qui lui a demandé du temps et de l’attention ou quand il fabrique lui-même quelque chose qui peut s’acheter dans le commerce, son estime de soi se renforce.

Cette estime de soi n’est pas fondée sur l’extérieur, l’opinion des autres ou la pression de performance, mais elle vient de l’intérieur. C’est un état d’accomplissement et de plénitude qui lui permet de se sentir acteur et capable. Il a pu découvrir tous ses talents en les déployant.

  • Valoriser le processus plutôt que le résultat

Se focaliser sur le processus n’empêche pas l’enfant de se sentir fier. – Mathilde Chevalier-Pruvo

Quand nous regardons l’oeuvre d’un enfant, nous pouvons lui refléter avec des mots le plaisir qu’il a ressenti en la réalisant, décrire les couleurs et les matières utilisées plutôt que formuler un jugement de valeur du type « c’est beau » ou « c’est bien ».

Cette manière de faire apprend aux enfants à penser au processus créatif plutôt qu’au résultat; à leurs propres idées et émotions plutôt qu’aux compliments reçus de l’extérieur.

  • Mettre en place un coin créatif à la maison

Pour faciliter la réalisation des activités manuelles, il est intéressant de laisser le matériel artistique en libre accès, par exemple sur une petite étagère ou une desserte. S’il est installé dans une pièce de vie, cela donne souvent davantage envie de créer en famille. Nous pouvons le disposer par catégories dans des pots, des boîtes, des paniers ou sur des plateaux. L’enfant pourra ainsi plus facilement trouver ce dont il a besoin puis le ranger lorsqu’il aura terminé.

La diversité des outils disponibles offrent aux enfants la possibilité d’explorer et d’avoir des rendus très différents. Ces outils permettront de
multiplier les expériences sensorielles. En voici quelques exemples :

-de la gouache liquide;
-de l’aquarelle ou de la peinture à l’eau en pastilles ;
-des craies grasses en cire ;
-des crayons de couleur et des feutres de mines aux tailles différentes;
-des matières pour le modelage : argile, pâte à sel, pâte à modeler ;
-de la laine (elle peut être tissée par les plus grands et découpée et collée sur du papier par les plus jeunes) ;
-de vieux magazines pour les activités de découpage et de collage ;
-des éléments naturels qui seront ensuite peints (galets, coquillages) ou collés pour enrichir les créations (feuilles, fleurs, pétales, plumes) ;
-du papier en rouleau pour réaliser des fresques.

  • Autoriser les explorations (même salissantes)

Pour varier les activités créatives, nous pouvons laisser les enfants appliquer la peinture avec autre chose qu’un pinceau. Ils pourront ainsi travailler avec leurs mains et leurs doigts, mais aussi réaliser des empreintes en trempant dans la peinture la face d’un cube, une feuille d’arbre, la base ou le dessus d’un pot de yaourt. Pourquoi ne pas également laisser des traces sur la feuille à l’aide des roues d’une petite voiture ou des pieds d’une figurine en plastique ?

Par ailleurs, certains matériaux que les enfants affectionnent peuvent être faits maison, comme la pâte autodurcissante et la pâte à modeler.

4 jeux de présentation collective et de connaissance de soi pour les enfants (5-10 ans)

Dans ce type d’activités, la posture de l’adulte est importante :

  • assurer un cadre bienveillant (chacun a le droit d’avoir ses idées et on ne se moque pas des autres; il n’y a pas de mauvaise ni de bonne réponse);
  • donner le droit de ne pas intervenir (chaque enfant a le droit de ne pas vouloir s’exprimer et c’est OK)
  • donner l’exemple de ce qui est attendu en répondant honnêtement aux questions (l’adulte favoriser la compréhension des consignes par les enfants et sa participation crée du lien à travers le partage d’expérience personnelle avec les enfants)

Ces petits jeux peuvent être utilisés pour des activités de présentation collective en début d’année scolaire. Ils participent à une éducation émotionnelle et relationnelle à travers une meilleure connaissance de soi et des autres.

Jeu de transformation

L’adulte invite les enfants à un jeu d’imagination : si vous deviez vous transformer en animal, quel animal aimeriez-vous être ? Pourquoi ? Qu’aimez-vous au sujet de cet animal ?

Les enfants auront un temps de pause pour réfléchir. Ils pourront en discuter entre eux.

Après ce temps de pause, un tour d’échange permettra à chacun (s’il le souhaite) de s’exprimer : “J’aimerais être X parce que…”.

Mes fiertés

L’adulte invite les enfants à nommer quelque chose qu’ils sont capables de faire, qu’ils savent bien faire. L’idée est de les amener à réfléchir à au moins une chose qu’ils savent faire et dont ils sont fiers. Cela peut être en rapport avec l’école ou pas du tout (exemples : jouer au foot, raconter des blagues, avoir réussi à passer au niveau supérieur aux jeux vidéos…). Cela peut être quelque chose pour laquelle leurs compétences et qualités ont été remarquées par d’autres.

Les enfants auront un temps de pause pour réfléchir sur la chose qu’ils choisiront, pourquoi ils en sont fiers et les émotions qu’ils éprouvent en pensant à cette activité.

Après ce temps de pause, un tour d’échange permettra à chacun (s’il le souhaite) de s’exprimer : “Je sais bien faire X et j’aime ça parce que…”.

Ce que j’aime chez moi

L’adulte invite les enfants à réfléchir à la question : Qu’aimez-vous en vous ? Cela peut avoir rapport avec des particularités physiques (exemple : mes tâches de rousseur), des qualités, des forces, des talents…

Après un temps de pause, un tour d’échange permettra à chacun (s’il le souhaite) de s’exprimer : “Ce que j’aime chez moi, c’est…”

Mon badge/ mon chevalet

Une fois ce travail réalisé, il est possible de s’appuyer dessus pour réaliser un badge de présentation (ou un chevalet en papier à poser sur la table). Pour le badge, prévoir des bandes de papier vierges; pour le chevalet, une feuille A 4 à plier.

Le badge sera réalisé selon ces consignes :

  • le prénom
  • l’animal nommé lors du premier jeu (les enfants ont le droit de changer d’avis parce que le fait d’avoir entendu les autres et d’avoir répondu aux deux autres questions peut avoir fait évoluer leur perception d’eux-mêmes)
  • des couleurs et dessins décoratifs qui expriment leur personnalité, ce qu’ils aiment chez eux

Les enfants peuvent utiliser à leur façon les couleurs et tout le matériel disponible (ciseaux, colle, pochoirs, autocollants… selon vos disponibilités) pour trouver leur propre forme, taille, couleur… Ils ont le droit de découper, de faire des collages, de mélanger lettres et dessins..

L’objectif est que le badge ou le chevalet soit aussi représentatif que possible de qui ils sont et qu’il leur plaise à eux et leur rappelle leur personnalité avec ses forces et ses particularités uniques.

 

apprendreaeduqer.fr

Aider les enfants à réguler leur agressivité par le jeu

Dans son livre Jouer pour mieux comprendre votre enfant, Lawrence Cohen explique que les jeux entre parents et enfants peuvent aider ces derniers à réguler leurs émotions. Il propose un exemple de jeu pour les enfants agressifs qui ont du mal à maîtriser leurs impulsions (taper, prendre les affaires des mains, crier…). Le but du jeu est de faire vivre une situation aux enfants au cours de laquelle leurs émotions vont être atténuées plutôt qu’étouffées et au cours de laquelle les enfants vont avoir du pouvoir personnel.

Dans son exemple, Lawrence Cohen choisit une conduite agressive détournée : interdire à un enfant qui a l’habitude de frapper les autres de lancer des coussins (en sachant très bien que la règle sera détournée mais en utilisant une mise en scène qui vise à modifier légèrement l’action pour que l’enfant parvienne à la contrôler un minimum).

Ainsi,  Lawrence Cohen raconte que, un jour, il était assis sur un canapé avec un jeune garçon à la réputation agressive. Ce dernier lui a lancé un coussin dessus et Cohen en a profité pour lancer un jeu : “Oh bonjour ! Bienvenue à l’école de la gestion des coussins du Dr Cohen. Hum, tu dois être le nouvel inscrit. Je suis absolument ravi de te rencontrer.” A la suite de ce discours d’introduction, Lawrence Cohen, très sérieux, a serré la main du jeune garçon en le regardant dans les yeux. Cette idée de l’école de gestion des coussins permet à l’enfant de se confronter aux thèmes de l’école, des règles et de la maîtrise de soi.

Afin de faire en sorte que l’enfant entre vraiment dans le jeu, Cohen a enchaîné avec des règles de fonctionnement puis un tas de consignes farfelues : “Tu arrives à temps pour la première leçon. La première règle très importante, c’est : pas de coup de coussin. C’est extrêmement important”. L’idée est d’insister sur la règle pour que la transgression porte ses fruits (l’adulte pourra adopter une posture qui transmet l’ironie de cette règle). Cohen enchaîna avec des consignes amusantes : “Mets le coussin marron à droite puis le coussin beige à droite de la droite. Après tu échanges leurs places et tu fais un tour complet sur toi-même avant de les empiler l’un sur l’autre”.

Lawrence Cohen s’était approché suffisamment près pour savoir que l’enfant serait tenté de le frapper avec un coussin (ce qu’il fit évidemment). L’adulte prit ce prétexte pour piquer une colère surjouée et se lancer à la poursuite du garçon en gémissant : “Mais la règle, c’était : pas de coup de coussin ! Bon, recommence maintenant.” L’idée est d’affirmer la règle suffisamment mollement pour que l’enfant sente qu’il a le droit de la transgresser sans risque de représailles/ punition. Dès que l’adulte a eu le regard détourné, l’enfant lui a redonné un coup de coussin et la course-poursuite a recommencé, Cohen poussant de grands cris d’orfraie. Ce petit manège peut recommencer plusieurs fois jusqu’à ce que l’enfant applique les consignes sans lancer le coussin. Quand l’enfant aura réussi, il pourra passer au niveau supérieur de l’école de gestion des coussins : “Je n’en reviens pas, tu as réussi et tu as respecté toutes les consignes. Pourtant, c’était dur ! Tu mérites de passer au cours supérieur de gestion des coussins. Tu auras maintenant le droit de me lancer un coussin mais à une condition ! Écoute bien : tu devras te mettre en équilibre sur le pied droit et chanter en même temps que tu me lanceras le coussin dessus.”

L’idée est de permettre à l’enfant de faire ce qu’il a envie de faire mais de manière atténuée pour deux bénéfices :

  • se livrer à l’agression “pour de rire” réduit le besoin de céder aux impulsions dans la vraie vie (l’énergie est libérée dans un cadre de sécurité où la pulsion agressive se transforme en interaction positive);
  • modifier légèrement le geste agressif pour que l’enfant apprenne à contrôler son impulsivité.