17ème marathon : 4:25:23 : Marathon en solo, enfin avec les 29999 autres.
Quel marathon !!! UN marathon pas comme les autres, et avant de vous faire partager ma course, je veux revenir sur la genèse de ma participation (ou non) à ce marathon de Paris.
L’inscription à ce marathon date de 2019, d’un défi de Loic afin qu’il participe à son 1er marathon. Volontaire à souhait, nous avons commencé à nous entrainer sérieusement mais la pandémie est passé par là et ce marathon a été décalé puis annulé et nous voilà en avril 2021 (date généralement retenue pour le marathon de Paris – si si…regardez mes 2 autres participations à ce marathon :-)) et il est au final décalé à octobre 2021, et une décision à prendre : participer ou non ? Loic a décliné (il a entre temps fait un marathon en solo, dans les rues de Strasbourg : bravo !) : La question se pose donc pour moi : j’y vais ? ou j’y vais pas ?
Je réceptionne le mail de confirmation ou de refus et j’ai le « malheur » de le lire à mon fiston et de lui poser la question : que faire ? Y aller ou non ? Sa réponse fut d’une telle evidence, et avec la candeur d’un enfant que je ne pouvais faire autrement que de l’écouter…et de confirmer ma participation.
Extrait de la conversation:
- Moi : j’y vais ? »
- lui : « Mais…vas y papa tu aimes ça »
- Moi : « mais je ne suis pas entrainé »
- lui : « Et bien entraine toi »……
Que dire à cela, et dans la foulée j’ai confirmé ma participation. Il y avait du temps pour le préparer c’est vrai mais…une année 2021 difficile (…), la motivation moindre, le temps qui file et les vacances ont eu raison de ma préparation et c’est avec très peu d’entraînement que je me suis présenté sur la ligne de départ. Pour vous donner un aperçu…
| en nombre de km d’entrainement (hors le marathon) | Paris 2021 | Paris 2014 | New-York 2015 |
|---|---|---|---|
| Mois de compétition (C) | 30 | 60 | 90 |
| Mois C-1 | 76 | 146 | 124 |
| Mois C-2 | 46 | 96 | 142 |
| Mois C-3 | 35 | 76 | 143 |
| total km | 187 | 378 | 499 |
| total nombre de sorties | 22 | 41 | 50 |
| Temps réalisé | 04:25:23 | 03:37:56 | 03:35:04 |
Qu’à cela ne tienne, je vais donc participer pour être finisher, pour ramener cette médaille à mon fils et voir ses yeux s’écarquiller de bonheur et pour moi, pour montrer qu’au final…rien n’est impossible. Difficile sans doute, mais que l’on peut supporter, surmonter les difficultés lorsqu’il y a de la volonté.
Assez parlé et rentrons dans le vif du sujet : la course. (mais il faut bien comprendre le contexte n’est ce pas ?)
Je ne m’étendrais pas sur les conditions déplorables pour récupérer le maillot aux parc des expositions porte de Versailles (3km de file d’attente !!!) c’est une première, ni sur les difficultés à trouver un plat de pâtes le soir et allons directement au dimanche matin.
Le départ pour mon sas (3h30 …bein oui…en 2019 je pensais pouvoir me préparer pour atteindre mon objectif « record ») est fixé à 9h40. Beaucoup de différentes vagues de départ cette année, conditions sanitaires oblige. Me voilà debout à 6h45, le temps de prendre un en-cas, les pépitos pépites de chocolat ont toujours la côte et de l’eau, un réveil musculaire et les incessants contrôles de matériel, de tenue (laquelle mettre :-)) et me voilà parti tranquillement vers le départ. je croise des coureurs, on échange un peu, le temps est beau, l’air pas trop chaud et le soleil est présent, en quelques sorte des conditions idéales.
Une seule inconnue, enfin…si je peu dire inconnue…comment va se passer ma course ? Vais je tenir un temps acceptable ? Vais je finir ? Mon corps va t il suivre ? Quelles vont être mes sensations de course ? Cela ne parait rien, mais, aussi bien un semi-marathon ne pose aucun problème, la gestion du double de la distance est tout autre. Et je vais rapidement en prendre conscience.
Les départ s’enchaînent et les questions continuent d’affluer dans mon esprit lors de l’attente mais il s’en dégage quand meme une sensation forte, celle d’être à nouveau dans un sas de départ d’un marathon. L’ambiance est là, les picotements à l’intérieur aussi, cette crainte de la course, cette excitation de l’épreuve, ce défi avec soit même, arpenter le bitume pendant 42km, la répétition des foulées, le souffle, l’ambiance …tout est bien là réuni. J’irai au bout !
Le décompte est lancé, c’est parti et c’est sur une foulée posée que je m’élance avec les autres coureurs, sans craintes, sans plus aucune appréhension. A ce stade, j’observe, j’écoute les encouragements des nombreux spectateurs qui sont positionnés au départ Avenue des Champs Elysée. Bine dans ma tête, prêt a accepter les efforts et le temps qui passe. Les kilomètres défilent aux travers de Paris, des places, des monuments et voilà le 7ème km qui arrive et les premiers signes….je sens que la course va être difficile. Pas de bobos mais juste une perception. Avec l’expérience on apprend à écouter son corp, à reconnaitre des sensations et là, clairement ca ne fanfaronnait pas à l’intérieur. Mais qu’importe, le mental est là et je continu sur mon rythme de 5mn10 au km (environ 11,5m/h), ce qui est pris et pris et je gérerais le moment venu.
Les kilomètres défilent toujours , aucun problème spécifique jusqu’au …20ème km, et c’est, déjà, là que les ennuis commencent. Mon corps dit stop. Mes muscles commencent à se raidir, les jambes deviennent un peu plus lourdes (et ce n’est pas peu dire), je me fais violence en ayant pour objectif de ne pas fléchir avant…le semi donc à 21,1km et je garde donc l’allure, ce qui fait que je signe un 1h47mn47 qui correspond à 5mn06 du km pour 11,7km/h de moyenne.
Ah oui, je détaille car c’est un bon temps, que ce soit sur semi simple et encore plus sur la première partie d’un marathon, c’est d’ailleurs les temps que je signe de manière plutôt habituelle sur mes précédents marathons et cela va dans l’esprit de mon « temps record » mais là, je savais très bien que ce n’était que de la poudre aux yeux, je savais que je ne pouvais réussir l’exploit de maintenir cette vitesse plus longtemps et c’est donc sans me poser une seule question et sans hésitation que une fois la « porte du semi » franchie, j’ai directement stoppé ma course et j’ai commencé à marcher. Quel soulagement pour mes jambes. J’ai enchainé avec un peu d’énergie, des genres de « Haribo » au coca (mais dédié à la course, pas comme les pépitos :-)) histoire de requinquer mon moral et mes muscles.
Le vrai défi commence. La pause Haribo n’a pas fait son effet, même au contraire, et je sais que je suis sur le « retour », que les kilomètres vont maintenant décroitre mais je sais qu’il en reste 20 et 20, c’est long lorsque l’on est dans la douleur. Il n’est pas question de ce fameux mur des 30km, non, il est juste question de manque de préparation et de douleurs sommes toutes normales lorsque le corps n’a pas eu l’habitude de ce travail, de ces efforts, de ces douleurs, de puiser dans ces ressources et d’accepter cette douleur , cette difficulté. je suis en plein dedans et je sais pourquoi. il me reste à gérer cela pendant tout le reste de la course.

Abandonner…ou abandonner. Ce terme est arrivé maintes fois dans mon esprit, et maintes fois je me suis arrêté pour marcher me disant que cette fois c’était la bonne, que je ne repartirais plus, que mes jambes me lâchent, que mon moral me lache aussi, que c’en était trop. Qu’avais je à gagner ? Qu’avais je à perdre ? Strictement rien. Après 16 marathons derrière moi, je cours pour moi, je ne cours plus après le temps, je sais maintenant ce dont je suis capable avec le chrono, je connais mes limites. Les avais je atteinte aujourd’hui ? Je l’ai maintes fois cru et c’est vraiment peu dire. Les kilomètres se sont enchainés dans cet état d’esprit, dans cette manière de courir, entre marche et reprise, entre doute et volonté, entre ravitaillement complet et observation de mon entourage car je ne suis bien sur pas le seul dans la douleur.
Et dans ces moments là, de doute, de difficulté, j’en ai profité pour échanger via messagerie avec quelques proches, que je remercie au passage, car leurs mots, leurs boutades, leur foi en mes capacités font parties des éléments qui vous boostent. Et de me rappeler pourquoi j’ai choisi de m’aligner quand même sur ce départ, malgré un manque évident de préparation. Le défi, où rien n’est impossible et ramener la médaille à mon fils.
Oui, mais pour cela il faut être finisher, il faut franchir cette ligne d’arrivée et avec cela le mot abandon n’a pas sa place. En fait, le mot abandon n’a aucune place ici, je ne suis pas blessé juste plus fragile musculairement, juste un moral un peu plus bas mais c’est tout, alors, je repars dans ce « rythme » , lent, fait de marche, de course, d’échanges avec les spectateurs et même si cela se fera dans la douleur, je franchirais cette ligne et je serais finisher.
Nous y voilà, il reste 1km, la foule se fait plus nombreuse, les applaudissements, les encouragements affluent, et compense mon absence de musique depuis le 22km, ils compensent le désagrément causé par la rupture de ma lanière de maintien de mon camelbak au 31ème km, ils compensent tous ces désagréments de course et ces douleurs, même si elle est toujours bien présente et je me motive pour courir ce dernier km. C’est dur, je marche à nouveau un peu. Le panneau 500mètres est là devant moi. Je reprends la course, mais impossible d’accélérer, les cuisses , les mollets sont au bord de la rupture et je sens la contraction présente à chaque pas, je me dois de gérer ces derniers mètres de course afin de de pas « bloquer » purement et simplement l’un de ces muscles. Ce que je fais , j’avance à l’allure d’un escargot, avec la démarche d’un robot mal huilé, mais….j’avance sous les encouragements et les applaudissements d’une foule bien présente.
Je franchi enfin cette ligne d’arrivée. 4h25 ont passé. Cette médaille est acquise. je peux enfin m’assoir, plier mes jambes, étirer un peu les muscles, sans trop faire quand meme, les douleurs étant toujours bien présente.
Hé oui, passer la ligne est une satisfaction, mais n’annihile pas les douleurs 🙂
Quelle course ! J’en suis somme toute satisfait, car malgré un manque evident de préparation, ce que je ne conseille absolument pas, et que je referais pas, j’ai terminé dans la douleur . Jamais cela ne m’était arrivé ainsi, c’est la course la plus difficile que j’ai eu à faire, mais j’en suis pleinement responsable.
J’en profite d’ailleurs pour un message à l’adresse des amis coureurs qui sont par moments dans la difficulté, et que j’ai « entrainé avec moi » sur quelques épreuves : aujourd’hui je vous comprends alors ne minimisez pas vos performances, terminer dans ces conditions est formidable et montre une certaine volonté et capacité que l’on retrouve dans ses retranchements. Bravo !
La suite …au numéro 18.












