
Colmar – Schiltigheim : 3 – 2
On mène 1-0, mais on devrait avoir déjà fait la différence. On a gaspillé trop de balles de contre. Mais on joue mieux que ces derniers temps. Ça va aller… » A l’entame de la seconde mi-temps de cet affrontement entre Colmar et Schiltigheim, le capitaine du Sporting, José Guerra, balançait entre regrets et espérances. La suite immédiate des opérations allait conforter ses espoirs. Une faute indiscutable sur Jean-Marc Frotey (déjà auteur de l’ouverture du score en début de partie sur un joli lob) valait aux visiteurs un penalty justifié. 2-0 par Guerra, voilà un match plié, et un pied en DH pour les SRC.
Des Colmariens plutôt en dedans. Qui avaient un mal fou à se libérer et à déployer leur jeu. Et qui, lorsque les occasions se présentaient, les vendangeaient consciencieusement, à l’image de Nemouchi et Rodriguez en première période.
Mais voilà, et c’est une évidence qu’il ne faut jamais perdre de vue, un match n’est jamais terminé avant le coup de sifflet final. Même lorsqu’une formation de bas de tableau, plutôt mal dans ses crampons pendant quatre-vingt minutes, croise le fer avec un ténor truffé d’anciens professionnels.
UN PENALTY QUI CHANGE TOUT
Le tournant du match, tout le monde s’accordera à le dire à l’issue de la confrontation, c’est ce fameux pénalty de la 85′. Les faits ? Au départ, un coup franc côté droit en faveur de Colmar. On s’accroche un peu dans la surface. L’arbitre prévient alors, semble-t-il, qu’il ne laissera rien passer. Le ballon est joué et Nemouchi légèrement poussé par un défenseur adverse. Si légèrement que de la tribune, personne ne se rend compte de rien . Mais l’arbitre qui a tout vu tient sa promesse et donne aux vert l’occasion de revenir dans le match.
La suite est totalement folle. Les protégés de Steib jouent leur va-tout contre des Schilikois qui paraissent soudain déboussolés. L’absence de Vogel, sorti peu avant sur blessure, n’arrange rien à leurs affaires. Il n’y a plus de pilote dans l’avion. quand Beringer, le stoppeur local, vient égaliser d’un coup de tête rageur. Soulagement haut-rhinois, coup de massue dans le camp d’en face. Et ce n’est pas fini. On joue les extrêmes dernières secondes des arrêts de jeu lorsque la défense de Schiltigheim perd un nouveau ballon. Trop beau pour Da Costa, qui vient fusiller Schlenker. Colmar tient son paradis, le maintien en CFA2. Schiltigheim est en enfer, celui des illusions définitivement perdues…
ENFIN UNE PART DE CHANCE
Dans les vestiaires des recevant, on a longtemps chanté, ce dimanche après-midi. Comme jamais sans doute dans la saison. Et puis, dans le sous-sol du club-house, on a gentiment fêté la performance avec un verre de crémant. Tout en faisant et refaisant les comptes au fur et à mesure que parvenaient, les uns après les autres, les résultats des rivaux directs dans la course au maintien. « On est sauvés », respirait Daniel Sissler, président pour quelques semaines encore. « On a eu, sur la fin de match, la part de réussite qui nous avait si souvent fait défaut cette saison. C’était le jour ou jamais. » Claude Steib, enfin souriant et détendu, lui qui a tant souffert depuis le mois d’août, ne cherchait pas d’explication rationnelle à cette fantastique fin de rencontre : « Cela fait partie du foot. A 1-2, on s’est repris à espérer. Après avoir beaucoup trop respecté leurs adversaires, les joueurs ont enfin trouvé, à ce moment-là, le moyen de les bousculer. A 2-2, ils ont continué parce que, de toute façon, deux points ne nous suffisaient pas. Et voilà. Quant au penalty, d’après les joueurs, il est tout à fait logique. Et puis, je me souviens que nous avions été battus au match aller sur une décision arbitrale litigieuse. Tout cela, au bout du compte, s’équilibre… »
Loin de la douce euphorie colmarienne, les joueurs schilikois semblaient abattus. Conscients qu’ils venaient de perdre, en quelques minutes d’égarement, leur toute dernière chance de se mêler à la lutte pour l’accession.
« Certes, je suis sorti avant la fin, mais cela n’a rien à voir avec ce qui s’est passé ensuite. cela n’aurait d’ailleurs jamais dû se reproduire. On a déjoué, on a trop reculé. bravo à Colmar ». lâchait un Eric Vogel parfaitement désabusé. « je n’ai pas beaucoup de commentaires à faire » reprenait un peu plus loin l’entraîneur René Kuntz. « C’est un peu à l’image de notre saison. D’ailleurs, ce n’est pas ici que nous perdons la montée. Trop d’erreurs individuelles nous ont fait mal. Tirons un trait, oublions. Et tout de suite, préparons la saison prochaine ».
Une saison dont les contours sont encore bien flous. Les dirigeants l’ont clairement fait savoir, ils sont déçus du comportement de leur équipe. Les joueurs , eux, ne refusent pas forcément d’assumer leur part de responsabilité, mais beaucoup, plus ou moins ouvertement, remettent en cause les méthodes de René Kuntz. « S’il reste, on s’en va » préviennent quelque-uns. Ambiance.
AUX DIRIGEANTS DE TRANCHER
De ce climat empoisonné, qui sent la crise à plein nez, on imagine que certains ne sortiront pas indemnes. Après trois saisons ratées, car il faut bien appeler les choses par leur nom, marquées par une semi-rétrogradation de CN2 en CFA2, puis par deux échecs successifs dans la course au CFA, le Sporting va devoir, sérieusement, se remettre en cause. Poser, enfin, ses problèmes sur la table. Se payer le luxe, nécessaire, d’une confrontation générale entre les acteurs d’un mauvais psychodrame. Et ce n’est que lorsque tout aura été dit qu’il appartiendra aux dirigeants de trancher. Dans le vif. Mais il y a urgence, indéniablement, à réagir et à prendre certaines décisions peut-être douloureuses, mais indispensables. Pour le bien d’un club qui mérite, tout le monde s’accorde à le reconnaître, une équipe fanion en CFA…





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